Le sens du détail


Estimation : 20 000/25 000 euros.
Versailles, dimanche 9 décembre.

Henri Manguin (1874-1949), La Daurade et le moulin à café, huile sur toile, 66 x 81 cm.

L’intérêt des artistes du XIXe siècle pour les paysages et les marines peints sur le motif est aujourd’hui représenté par plus de 250 lots, œuvres graphiques, sculptures et tapisseries réunies pour cette vacation consacrée à l’art moderne, impressionniste et postimpressionniste. Nous retrouvons par exemple un thème cher aux peintres hollandais du XVIIe siècle, la nature morte, ici revisitée par Henri Manguin (voir photo). Dans une cuisine, sur une table rustique revêtue d’un torchon en lin, les ingrédients sont rassemblés pour la cuisson d’une daurade : oignons, ail, poivre. Herbes aromatiques et vin pimenteront la recette. Un intérieur domestique, un retour de marché... Mais, ne vous y trompez pas : si l’on n’y trouve pas l’habituelle opulence des mets ni la richesse des matériaux décrits par les maîtres du genre, les symboles perdurent. Le poisson fait référence aux premiers chrétiens et, quand les oignons seront épluchés, leur pelure en dégagera une nouvelle évoquant l’éternité. Rien ne bouge, tout est posé dans l’attente d’un moment prochain. Les objets sont devenus le sujet du tableau et l’homme a disparu. Tout ne serait-il que vanité ?

Boudin, Couturier
C’est en toute quiétude qu’Eugène Boudin nous livre les environs de Quillebeuf, avec des détails topographiques précis : la berge, la baraque sur la gauche et un arbre dont le feuillage nous permet d’identifier l’essence. La main du maître nous fait ici reconnaître avec virtuosité celle d’un peuplier. Maximilien Luce nous emmène à Lézardrieux, le pont suspendu, une huile estimée 15 000/18 000 euros. Victor Charreton nous promet, avec Glycine et jardin en fleurs, une promenade olfactive agréable à l’ombre de la tonnelle (15 000/20 000 euros). Quant à Georges Rouault, s’il s’applique à suggérer le détail avec une économie de moyens fascinante, son titre, La Conversation devant la mer, indique à lui seul le lien entre les deux personnages (25 000/28 000 euros). Robert Couturier évoque avec audace le geste improbable d’une attitude prise en instantané. Avec un bronze intitulé Femme s’essuyant la jambe, la composition filiforme en équilibre – une opposition de lignes entre bassin et tête renversée – donne une vision mouvementée d’un arrêt sur un geste quotidien (80 000/100 000 euros), de même que Biégas livre un portrait où chaque ligne est courbe. L’art contemporain referme le programme, composé de Vasarely, Weisbuch, Tobiasse, Arman ou Dalí. Tisser l’art du détail, Lurçat s’y applique avec trois tapisseries, dont Papillon. Elles devraient séduire entre 2 000 et 4 000 euros. Toffoli nous embarque sur Les Jonques, une autre tapisserie prévue entre 3 000 et 3 500 euros. Leurs voilures ouvriront vers des horizons toujours plus lointains...
LA GAZETTE DE L’HÔTEL DROUOT – 7 DÉCEMBRE 2012 – N° 43