NGUYEN GIA TRI - 1908-1993

Lot 131
150 000 - 200 000 €
Résultats sans frais
Résultat: 380 000 €

NGUYEN GIA TRI - 1908-1993

LES VILLAGEOIS, 1938
Paravent à six feuilles en bois laqué signé Nguyen Giatri 1938 au revers du 6e panneau en bas.
Panneau: 99,5 x 33 cm

Provenance:
Ernest Rouys (1900-1971), haut fonctionnaire civil de l'administration coloniale en Indochine de 1926 à 1946, demeuré depuis dans la famille.

Expert: Cabinet ANSAS-PAPILLON

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Ernest Rouys (1900-1971), gouverneur de la France d'Outre-Mer terminera sa carrière en 1957 en tant que gouverneur du Moyen Congo, mais c'est en Indochine qu'elle commença en 1926 comme administrateur civil poste qu'il occupa durant vingt ans jusqu'en 1946. C'est ainsi qu'il eut l'occasion de faire l'acquisition auprès de l'artiste à la fin des années 30 de ce remarquable paravent.

NGUYEN GIA TRI – 1908-1993
Reconnu comme un des plus grands artistes laqueurs de son époque, appartient à la mouvance artistique caractéristique des années 1920-1945 au Vietnam, laquelle se situe à la jonction de deux cultures, celle asiatique de par ses origines, et celle, occidentale, de par la présence de la France, qui fonde à la fin du XIXe siècle, l’Indochine, dont fait partie le Vietnam. À cet égard, la création, en 1925 à Hanoï, de l’École Supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine, a joué un rôle fondamental. Émanation directe de l’École nationale supérieure des Beaux- Arts de Paris, elle avait pour objectif de tenter de concilier traditions vietnamiennes et approche occidentale de l’art. Ainsi, son premier directeur, le peintre Victor Tardieu (1870-1937) et des enseignants également artistes, tels Joseph Inguimberty et Evariste Jonchère, étaient-ils issus soit de l’École des Beaux- Arts de Paris soit de celle des Arts Décoratifs. Dans cette école, GIA TRI a dû côtoyer Mai-thu, Le Pho, Vû Cao Dàm, Pham Hau, Tran Van Can et bien d’autres de ces jeunes artistes vietnamiens qui ont exploré les possibilités offertes par une vision et l’emploi de techniques occidentales dans un contexte de tradition orientale, que ce soit en peinture, en sculpture ou dans l’art de la laque. GIA TRI intègre l’école en 1929 et en sortira, diplômé, en 1936, après une interruption. Il s’intéresse d’abord à la peinture à l’huile, mais très vite, rejoint la section sur la technique et l’art de la laque, créée en 1928 par Joseph Inguimberty.
Ce dernier encourage les étudiants à dépasser les limites de ce qui n’était jusqu’alors qu’un artisanat local de tradition ancienne pour en faire une expression artistique moderne à part entière. De fait, les possibilités picturales et décoratives de cette matière subtile et difficile séduisent GIA TRI. Il les portera à leur apogée dans toute une série d’oeuvres, panneaux, paravents, portes d’armoire, créées entre 1937 et 1945, pour lesquels il s’entoura, dans son atelier, d’une équipe d’artisans laqueurs. En 1946, au début de la guerre d’Indochine, GIA TRI quitte le Vietnam pour Hong Kong, où il se consacre à la peinture à l’huile. En 1954, avec la fin de la guerre, il revient et s’installe à Saïgon, y créant une école des Beaux-Arts. Son oeuvre évolue et, dès 1966, Il explore à nouveau le travail de la laque sur panneau, mais à partir de thèmes abstraits qui l’attiraient depuis un certain temps. Daté de 1938, notre paravent s’inscrit dans la série des oeuvres produites entre 1937 et 1945, période unanimement considérée comme celle de l’apogée de sa carrière de laqueur. La plupart des paravents de cette période sont d’un format similaire: six panneaux d’environ 97 cm à 1 m de hauteur totale pour une largeur de 33 cm, chaque panneau terminé par deux pieds. Il en est ainsi de notre paravent. Un des thèmes dominants en est la nature luxuriante du Vietnam, qui occupe tout l’espace des panneaux, animée selon les cas, de paysans, animaux, pavillons, temples, bien visibles ou apparaissant discrètement au sein de l’abondante végétation. Dominantes aussi, les teintes chaudes des laques or, rouge, ocre, brun ambré, illuminées par les notes blanches dues aux incrustations de coquilles d’oeuf qui font ressortir un cheval, un chien, le vêtement ou la coiffe d’un paysan, les murs d’un temple ou les fleurs d’un arbre. Pour GIA TRI, le plus fondamental était le respect que l’artiste devait à la matière qu’il travaillait. La matière devait pouvoir conter l’idée conçue par ce dernier à travers une mise en valeur de celle-ci, qu’il utilisait de façon à ce que chaque « détail reflète la lumière ». C’est ce qu’exprimait GIA TRI lors d’un entretien avec Nguyen Xuan Viet en septembre 1979.

Ce paravent représente une scène champêtre se déroulant sur les six panneaux, figurée aux laques or, jaune ocre, prune, rouge et dégradés de bruns, traitées par endroit en relief et rehaussées d’incrustations de coquilles d’oeuf illuminant la scène de touches blanches.
Au premier plan, deux groupes de personnages: à gauche, un cavalier interpelle trois paysannes portant des seaux et se rendant à un puits qui émerge non loin, d’un bosquet de bambous. Elles sont accompagnées de chiens qui semblent faire la fête au cavalier, l’un des animaux incrusté de coquilles d’oeuf, ce qui lui confère un relief particulier.
Vers la droite, un couple est assis aux pieds d’un arbre en fleurs. L’homme enlace la femme qui boit à une petite coupe ce qui lui a été versé d’une gourde posée à terre; derrière, un cheval paissant. Tout comme le chien, le cheval et les fleurs de l’arbre ont une présence accentuée par les incrustations de coquilles d’oeuf.
Ces deux petites scènes sont déposées dans une nature luxuriante où foisonnent bambous, arbustes, bananiers, et parmi lesquels se devinent un cours d’eau et deux maisons, qui entraînent le regard vers des montagnes au loin. Une bande rouge souligne les panneaux en partie inférieure, comme pour les unifier, chaque panneau reposant sur deux petits pieds.

NB: Il est particulièrement intéressant de noter que notre paravent est quasiment identique à un paravent vendu par Sotheby’s à Hong Kong, le 30 septembre 2018, lot n°1043 (vendu 6 120 000 HKD - ca. 690 000 €, voir la photo ci-dessous).
Daté de 1939, il a été acquis directement à l’artiste par Pierre Pagès, alors gouverneur de Cochinchine. Le thème en est identique, de même que la mise en page. On y retrouve les deux groupes de personnages, ainsi que le chien, le cheval et les fleurs de l’arbre traités en incrustations de coquilles d’oeuf. Les variantes viennent de certains éléments du paysage.
Or, nous constatons que le nôtre, daté de 1938, est antérieur à celui de Sotheby’s, daté de 1939.
Par ailleurs, il semble que ce soit la seule occurrence connue pour l’instant de deux oeuvres presque identiques chez Gia Tri. Sachant que son travail était apprécié des membres de l’administration coloniale et que ceux-ci devaient se fréquenter régulièrement, le paravent de Sotheby’s pourrait avoir été une commande spécifique de Pierre Pagès qui aurait vu le premier paravent et en aurait souhaité un similaire. Ce ne sont évidemment que des conjectures, d’autres cas de figures étant parfaitement possibles.

PIÈCES SIMILAIRES
- Les villageois, paravent quasiment identique, vente SOTHEBY’S, Hong Kong, 30 septembre 2018, lot n°1043, vendu 6 120 000 HKD (ca. 690 000 €)
- Village de province, vente SOTHEBY’S, Hong Kong, 1er octobre 2017, lot n°298, daté avril 1940; vendu 5 140 000 HKD (ca. 550 000 €)

NGUYEN GIA TRI (1908-1993)
THE VILLAGERS
Six panels lacquer screen
signed Nguyen Giatri 1938 at the back of the sixth panel.
Dim. per panel: 99,5 x 33 cm
150 000 / 200 000 €

Provenance:
Ernest Rouys (1900-1971), government civil servant of Indochina’s colonial administration between 1926 and 1946; thence by descent.

About Ernest ROUYS (1900-1971)
After having graduated from HEC and obtaining a doctorate in law, Ernest Rouys was sent to Indochina in 1926 where he stayed 20 years holding different positions as a high level civil servant in the colonial administration of Indochina. In 1946, he was sent back to France, after 14 months spent with his wife in japanese internments camps. His career went on with his being sent to Africa where he was appointed inspector of Ivory Coast’s then Mauritania’s Public Affairs, before becoming Brazzaville’s Mayor and finally Governor of Middle-Congo until his retirement in 1957.

Gia Tri is considered one of the most famous artist of his time in Vietnam, especially renowned for his lacquer works. His master-pieces were mainly produced during what is called his « golden age » period, between 1937 and 1945. As most of his contemporary fellow artists, he studied at the École des Beaux-Arts de l'Indochine, founded in Hanoi in 1925, from which he graduated in 1936. He was thus influenced by the « western manner », along with the other students of the school. With these artists and particularly Gia Tri, the two cultures blended in a unique expression.

During that period, Gia Tri produced quite a few lacquer works, on single panels, doors, screens, illustrating different subjects, figures or landscapes, among which several six panels screens of the same size as our screen.

Among these, we must draw attention to one in particular, sold at SOTHEBY’S Hong Kong, on Sept. 30th, 2018, lot 1043 (sold for 6 120 000 HKD – ca. 690 000 €). It belonged to Pierre Pagès, then Governor of Cochinchina, who is said to have bought it directly from the artist. Dated from 1939, it is almost identical - but for some details in the vegetation - to our screen, itself dating from 1938. This occurrence of two almost identical works is quite interesting, especially considering the circumstances: one made some months after the other, both having belonged to contemporary high officials of the colonial administration of Indochina, Ernest Rouys and Pierre Pagès. Isn’t it then possible that the second screen was a specific order by P. Pagès who wanted a screen similar to the one he may have seen at E. Rouys ?
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